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Hommage à Maurice DELTOUR

Souvenons-nous, témoignage de Jocelyne

Tonton,

Te voilà revenu dans ton cher village que tu aimais tant !
Ce village où tu es né, où tu as grandi ; c’est ici que tu as passé les meilleurs moments de ta vie,
entouré de ta famille bien sûr mais aussi de tous ces gens que tu connaissais si bien.
Après avoir travaillé durement dans les vignes, tu as été recruté à la mairie comme garde champêtre et, à compter de ce jour, ton village est devenu ta raison de vivre. Tu te rendais disponible pour tous et à n’importe quel moment ; tu as été d’un dévouement indescriptible.
Tu étais un tonton célibataire, tu vivais avec tes parents mais aussi avec nos parents. .. et nous, ta nièce et ton neveu sommes devenus ces enfants que tu n’as jamais eus. Tu nous as aimés sans limite, avec toute la gentillesse, la générosité, l’affection et la bienveillance d’un papa. Tu nous as transmis tes valeurs et il nous restera de toi tant de merveilleux souvenirs :
Des souvenirs d’enfance, comme dans cette estafette du ramassage scolaire où nous étions tous entassés… à cette époque-là, la sécurité était loin d’être une priorité…, tu récupérais tous ces petits, et par mauvais temps, ils attendaient que tu klaxonnes pour sortir de chez eux… pas besoin de vérifier leurs cartes d’accès, tu les connaissais tous ces "petitouts" comme tu les appelais.
Tu avais aussi ton solex municipal sur lequel tu nous embarquais et, en soufflant dans ta trompette pour attirer l’attention de tous, tu annonçais la venue du marchand de chaussures Portalier ou du quincailler Daniel sur la place du village.

Toutes ces promenades se terminaient souvent dans le petit bazar du café Mézy, un paradis pour nous qui pouvions choisir un petit cadeau… et tu nous disais toujours en sortant « chut ! et surtout ne le dis pas à ta mère !! » Cette mère qui était un peu la tienne, comme un petit garçon tu la craignais un peu toi aussi..

Tu avais aussi tes fiertés dans le village comme cette magnifique pelouse du stade que tu as tant bichonnée, aujourd’hui disparue. Il y avait aussi ton immense jardin potager, bien exposé aux yeux de tous ; les tomates se trouvaient tout près de la route pour que chacun puisse les admirer et vienne te féliciter ! tu prenais plaisir à les mesurer… et parfois tu en rajoutais un peu pour te faire briller mais ça, c’était un jeu dans le village… pas Marseillais mais presque ! tu étais toujours dans le partage et l’échange, tu aimais les gens et tu avais besoin de leur parler.
Lorsque tu avais un moment, tu adorais aller t’installer sur le seul banc de la place pour y retrouver tes copains et refaire le monde, tu pouvais y passer des heures… au grand dam de papé qui pestait lorsque c’était l’heure de passer à table.

Que de souvenirs, de bons moments nous reviennent aujourd’hui :
Nous n’oublierons jamais ces repas, où lorsque tu retrouvais tes deux frères Georges et Marcel, la politique générait de belles "engueulades". A cette époque- là, vous ne fermiez pas les fenêtres et les voisins, les gens qui passaient, entendaient vos échanges virulents ; mais curieusement personne n’y prêtait attention et, la fois d’après, c’était chez nos voisins les Parentini que ça s’animait… c’était comme ça dans les quartiers Nord de Tréviers. Toi qui étais un fervent défenseur de la rose et de ton grand ami Gérard, nous savions quels sujets aborder pour te mettre en colère et nous en avons bien profité, c’était tellement facile. Mais ces "engueulades" familiales, se terminaient toujours par de belles chansons qui vous réconciliaient à la fin des repas. C’était toujours le même répertoire : des chansons de votre enfance, des chansons engagées, parfois même quelques chansons grivoises et surtout, nous prenions beaucoup de plaisir à t’écouter chanter a cappella ces chants occitans que tu affectionnais tant.
Tu as conduit aussi de nombreuses années cette grosse voiture noire de la mairie, que l’on appelait corbillard. Il fallait quelquefois l’aider à grimper cette côte de Pourols… et tu disais toujours à tous ceux qui étaient déprimés de la voir passer "ne vous inquiétez pas, tant que vous la voyez c’est que ce n’est pas vous !".

Et aujourd’hui, tonton, tu ne l’as pas vue…

Tu nous laisses tant de souvenirs tonton ! Tu as été notre complice pendant des années, tu étais toujours celui auprès de qui nous allions pleurer lorsque nous avions besoin de quelques francs pour acheter des bonbons, des magazines, ou plus tard mettre de l’essence. Tu as souvent couvert nos petits mensonges, tu n’as jamais rien répété aux parents, tu nous faisais juste tes gros yeux qui ne nous ne faisaient même pas peur, tu étais tellement gentil, nous savions que nous ne risquions rien.
Toute cette gentillesse, cet amour et générosité tu les as ensuite élargis à tes petits neveux que tu adorais. Tu étais si fier de les promener dans leurs poussettes, tu as partagé leurs joies et leurs peines jusqu’à ton dernier souffle. Ils t’adoraient et tu vas beaucoup leur manquer à eux aussi !

Tout au long de ces années tu nous as accompagnés, petits et grands, tu as toujours été présent pour nous, tu n’as été que gentillesse, amour, bienveillance et discrétion…et c’est comme cela que tu t’es endormi, dans la plus grande discrétion, tout doucement, sans faire de bruit…. Pourtant, ton départ aujourd’hui nous laisse un bien grand vide, tu resteras dans nos coeurs à tout jamais. Cet amour que
tu nous as donné, nous le garderons au plus profond de nous, tu nous accompagneras partout. Et lorsque nous en aurons besoin, il nous suffira de regarder le ciel pour apercevoir une étoile plus scintillante que les autres ; nous saurons que tu continues à veiller sur nous.

Aujourd’hui, nous sommes tous réunis ici pour ton dernier voyage.
Ta famille, tes amis, tout ceux qui t’ont connu et apprécié sont venus te rendre un dernier hommage. Celles et ceux qui sont partis trop tôt, et qui t’étaient si chers, sont déjà prêts à t’accueillir, c’est certain.
Et tu vois tonton, lorsque les portes de cette église s’ouvriront pour que tu rejoignes ta dernière demeure, même le Pic St Loup, ce Pic St Loup si cher à ton cœur, sera là lui aussi pour te saluer une dernière fois.

Nous avons eu beaucoup de chance de te connaître tonton, un tonton si merveilleux !
Que ton repos soit doux comme ton cœur fut bon. Merci tonton pour tout.

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26/03/2018